samedi 25 mars 2017

Hommage à Bernie Wrightson : "Comme une Odeur du Diable"

Page d'introduction pour l'un des contes horrifiques de Claude Seignolle que j'adapte actuellement pour les (fabuleuses) éditions Mosquito, dans un recueil intitulé : "Comme une Odeur du Diable".
 

Splash-page introducing one of the short stories by french fantastic writer Claude Seignolle (100 years old this year !) I'm actually graphically adapting, for an upcoming entitled "Some smell of the Devil", for Mosquito publishing.





C'est aussi mon premier hommage post-mortem à Bernie Wrightson dans le fond (une plaque d'immatriculation bien étrange...) comme dans la forme (composition, technique, humeur...).

I hope those who loved him have noticed it is also my first attempt to pay homage to Bernie Wrightson, that great genius who recently passed away (last saturday). If you look at the license plates, for example !

Comme quoi, les tiroirs "franco-belge" ou "comics" ne veulent RIEN dire : Je dois autant cette image à l'univers macabre de Bernie Wrightson (ses "pages édito" dans Creepy), qu'aux fabuleuses Idées Noires de Franquin.

I think these drawers we invent to classify different  ways of creating comics around the world are kind of nonsense : I owe as much the inspiration of this image to Bernie Wrightson and Creepy stuff, to Franquin "Idées Noires".Genius has no country.



On ne crée RIEN tout seul.
You can't create only by your own.


 

vendredi 24 mars 2017

PIF dans ta FACE !


C'est un honneur que de dessiner une couverture de la revue de mon enfance Pif !
Si on m'avait dit ça il y a 30 ans ! En fait, ce qui m'aurait sans doute le plus étonné, c'est que Pif existât encore en 2017 ! 
I'm very proud to have drawn my very first cover for uncoming magazine Super Pif. If i were told so some 30 years ago, I wouldn't have believe it. But I'm not so sure what would have amazed me the most/// is that Pif still exixts in 2017 ! Welcome to the FUTURE, man !


Bref, mercredi 29 en kiosques, ce numéro 7 annonce un autre retour : le retour d'un gadget absolument MYTHIQUE : les "Pifises" ! Mercredi prochain chez votre marchand de journaux !
Anyway, next wednesday, Super PIF # 7 will be out, featuring one of its most MYTHICAL gadget in it : the so-called "PIFISES" (Artemias Salinas). See you in five days, in every newsdealer's !
 Et puis je reposte l'image qui compose la quatrième de couverture, avec l'idée que la une présente le gadget, met l'accent sur Pif... tandis que la quatrième de couverture montre tout l'univers contenu dans ce magazine vendu... sous blister !


jeudi 23 mars 2017

"Rien de ce qui est Humain" (Fox-Boy inédit dans PIF : Chap. 4)

Mercredi prochain (29 mars), dans tous les bons kiosques à journaux, Super Pif n°7, une nouvelle aventure inédite. Son titre : "Rien de ce qui est Humain".

Next wednesday at every french retailers ! Super Pif # 7 (March 2017), with a brand new Fox-Boy adventure (10 pages) : "Nothing that is Human..."






Certains sujets et thèmes sont moins évidents que d'autres. L'arrivée de migrants, les crispations et les fantasmes qu'ils réveillent par exemple.
Difficile de ne pas être ridicule, maladroit ou moralisateur. On est sur un fil où il faut à la fois dire des choses sans tourner autour du pot, sans quitter la fiction (le genre super héros et ses plaisirs : costume, pouvoirs, ennemis, action...).
J'ai fait de mon mieux, vous jugerez du résultat.

Some themes are more difficult to deal with than others. The arrival of migrants for instance.
Actually, there is an increased sensitivity about identity, a withdrawal into oneself and fear in France.
At a time we have to choose our next president, it seemed to me a character like Fox-Boy couldn't escape the question.
In the meanwile, just as people like Chris Claremont on the X-Men, or Ann Nocenti or Miller on Daredevil, you just can't forget to bring the usual super hero stuff (superpowers, costumes and ACTION !).

Fair with me.

I hope those who'll read this episode "Nothing That's Human..." will appreciate it : I did my best.
 
 Pour la petite histoire, cette histoire fait en réalité 12 pages. Deux pages, un peu plus bavardes (une page d'introspection et une d'échanges "philosophiques") ont été remplacées par une double-page d'action qui siéront mieux au lectorat des 8-12 ans de Pif.

This story in its full version, has two more pages.  We (Super Pif editor-in-chief Fred Gargaud and I) considered they were too  complicated, too adult, for a young audience (8-12 years old).
Those pages will find thair way back in a future trade paperback (Fox-Boy #3).


Elles retrouveront leur place dans un futur tome 3, qui paraîtra ici ou là.
Alors faute de vous en montrer plus (plaisir de la découverte...), un peu de making of :

Crayonné/pencilling :
 





 Encrage/inking :





La suite... mercredi prochain !
To be continued... next wednesday !

dimanche 19 mars 2017

Bernie Wrightson (1948-2017)


Mon idole de toujours, le dessinateur, scénariste et illustrateur Bernie Wrightson, nous a quittés hier, à l'âge de 68 ans.


Il y a pile un an, j'ai longuement hésité à lui dédier mon dernier album, Fox-Boy 2, car la première histoire, "Le Mal Loup" était pour moi un prétexte pour laisser libre-cours à mon inspiration "wrightsonnienne".

Et puis j'ai trouvé ça prétentieux.

Ma rencontre avec ses dessins remonte à 1987, année où, à la bibliothèque municipale, je suis tombé sur "l'Année du Loup-Garou" et le Fléau", deux bouquins de Stephen King illustrés par un certain "Bernie Wrightson".

Le mois suivant, les éditions LUG lâchaient HULK et la CHOSE, album où les deux figures grotesques de Marvel se rencontraient.

Puis le Batman "The Cult", chez Comics USA en 1989.

(On ne rendra d'ailleurs JAMAIS assez hommage au travail de Fershid Bharucha et Jean-Pierre Dionnet pour avoir donné aux œuvres de Bernie, la France en deuxième famille).

Le virus était inoculé jusqu'au fond des tripes.
Instantanément. Définitivement.

Jusque dans les allées d'une décharge (ne me demandez pas comment je me suis retrouvé là - imaginez des vacances dans le Morbihan, pas si éloignée que ça des escapades de Tom Sawyer, ou bien c'est le Fakir Dotki qui aura guidé mes pas, comment savoir ?). C'était au crépuscule. Mon regard fut attiré par une pile de magazines posée là. Il y avait les premiers numéros de l'Écran Fantastiques, un Strange de sous Pompidou (le 70, sans couverture)... et l'Écho des Savanes Spécial USA 25 ! Une pure merveille ! Sous une couverture de Corben, le premier chapitre de "La Foire Aux Monstres", incroyable hommage de Bernie Wrightson au film "Freaks" de Todd Browning (écrit par Bruce Jones).

Ce grand thème Wrightsonien : Les monstres humains, les humains monstrueux.

25 ans après, j'en connais encore les textes par cœur. Autant vous dire que par la suite, mes rédactions de Français prirent une tournure franchement gothique).

Pour sûr : depuis mes 9 ans, je me serais épuisé les yeux à rechercher tout dessin portant le sceau "Wrightson" : Dans les bacs à BD des vide-greniers d'avant internet, guettant au sommaire des numéros de l'Écho des Savanes Spécial USA, la moindre info concernant cet homme. En voiture, aussi, lors des longs et ennuyeux trajets, où je trompais mon ennui à regarder ses images. Même à l'église, où je cachais dans mes manches, une petite pile de trading cards avec les dessins de Bernie commentés par lui à l'arrière (une tradition américaine, surtout répandue autour de la figure des joueurs de base-ball, football ou basket).

Partout où je m'ennuyais adolescent, sur chaque bout de pierre, arbre ou mousse où portait mon regard, l'obsédant Bernie Wrightson m'inspirait des images, me soufflait des scènes, relevait la saveur des musiques que j'écoutais et des romans que je lisais.

Plus encore que les filles (et pourtant...) ses dessins accompagneront mon adolescence et ma vie de jeune adulte.

Depuis mon tout premier bouquin dessiné au lycée (Carnet de Route d'un Chasseur de Lutins - où le nom de "Wrightson se cache au moins 20 fois dans les détails), j'ai saigné des rétines pour chercher à comprendre COMMENT l'encre posée sur du papier par Bernie Wrigthson pouvait porter si bien le fantastique, un si délicieux macabre, le retour à l'enfance et ses rêves de fantômes, de squelettes, de monstres et de dinosaures.

En vain.

Bernie Wrightson était le digne fils de Graham Ingels, dessinateur particulièrement saisissant des ghoules des Tales From the Crypt dans les fameux E.C Comics des années 50. Dix ans après, Bernie publiera son premier dessin dans le courrier des lecteurs du repreneur de cette tradition "Creepy. Il a alors 17 ans.
courrier des lecteurs de Creepy - premier dessin publié.

Né en 1948, à deux jours d'Halloween (ça ne s'invente pas), il était de la génération qui comptait son ami Stephen King, Steven Spielberg, John Landis (Thriller), Joe Dante (Piranhas, Hurlements, Gremlins...) ou George Romero (le réalisateur de "La Nuit des Morts-Vivants", qui réalisera Creepshow, écrit par King, et dont l'adaptation en comics sera dessinée par Wrightson.

Jeune prodige, Bernie Wrightson (qui signait encore "Berni") a débuté professionnellement en 1968, âgé d'à peine 20 ans, dans les revues Creepy, Eerie et Vampirella, les fameux Warren Magazines, qui reprenaient la tradition des comics d'Horreur des années 50 (ceux que le Maccarthysme et quelques pisse-froid déguisés en psychanalystes avaient fait brûler par milliers dans l'Amérique anti communiste des années 50). Dans ces magazines, il trouvera une famille de dessinateurs aussi fous et géniaux : Richard Corben, Jeff Jones, Steve Ditko, Gene Colan, quelques vétérans des EC Comics, et surtout, les couvertures du fantastique Frank Frazetta, son idole de toujours, décédé en 2010.
Le n° 113 de CREEPY, où 14 années plus tôt, Bernie avait publié
le dessin montré plus haut, lui consacrait alors un numéro spécial en 1979.

Le travail de Bernie Wrightson le plus personnel restera probablement son plus fameux aussi : l'adaptation qu'il a faite du roman Frankenstein de Mary Shelley. Pendant 5 ans (de 1976 à 1983), il a mené en parallèle d'autres travaux, ce chantier gigantesque, empreint du grandiose des graveurs Gustave Doré, Franklin Booth et du romantisme macabre de ce chef-d'œuvre de la littérature gothique



Bernie Wrightson était un homme de cœur.

Hier soir encore, j'ai confié à ma femme mon hésitation à lui envoyer mon dernier livre (Fox 2), tout en renonçant aussi vite, et à nouveau, à cette idée. Car en vérité, à bientôt 40 ans, je suis né au minimum 10 ans trop tard pour avoir eu le temps d'abattre le travail acharné qu'il aurait fallu pour progresser, et ainsi seulement ENVISAGER ne pas être trop ridicule, ni trop prétentieux en lui envoyant un de mes bouquins, avec une bafouille maladroite en anglais, qui tenterait de dire en gros :

"Je vous dois TOUT !".

Évidemment, la nouvelle de sa mort ne surprend pas ses admirateurs. Nous savions depuis quelques années que la maladie était là, implacable, et le peu d'informations concrètes données par sa femme Liz présageait du pire, sans jamais céder au désespoir.

D'origine catholique (il était de souche polonaise comme cet autre génie des comics qu'est Bill Sienkiewicz), je pense que la foi accompagnait Bernie : Une récente vidéo le montrait dans son atelier, peuplé de dinosaures et autres figurines des monstres de la Universal. Au mur, un petit crucifix.

Alors moi qui suis athée et mécréant, à lui qui m'aura accompagné tant de fois à ses "offices forcées" à l'église , sous la forme des petites cartes évoquées plus haut, et même en pensées lors d'enterrements, je lui souhaite de retrouver, en route avec Chuck Berry pour l'accompagner, les amis et les frères nombreux avec qui il a tant fait avancer la cause du Rêve.



                      Adieu mon ami inconnu.